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jeudi 30 septembre 2010

Arrogance contre arrogance

Arrogance contre arrogance:
"Mais quelle mouche a donc piqué les francophones de ce pays ? Des hommes politiques qui pensent réinventer un « nationalisme wallon » aux médias qui multiplient les provocations, on a vraiment l'impression de se trouver dans une cour de récréation, avec des gamins de 7 ans qui se disputent pour savoir lequel ne veut pas jouer avec l'autre. « Tu ne veux pas de moi dans ton équipe... ? Ben tu seras pas dans la mienne ! »
Arrogance contre arrogance, mépris contre mépris (1), est-ce la meilleure stratégie pour ceux qui prétendent vouloir continuer à faire le chemin ensemble ? Ce dimanche midi, l'émission de débats de la RTBF « Mâle Mise au Point (2) » se montait la crête (du coq wallon) avec ce titre audacieux : « Et si les francophones lâchaient les Flamands ? » Aïe, j'imagine déjà la
terreur dans les yeux de Bart De Wever ! Et très significativement, on a pu entendre Olivier Maingain, président du FDF, déclarer : « Il faut dire aux Flamands : si vous franchissez la ligne, nous ne jouerons plus avec vous ! »
Cela vient après d'autres titres tout aussi arrogants, genre « les Famands ont peur » ou encore, « Seulement 5% de Flamands Bruxelles » (3). Cela vaut la peine de s'arrêter sur ce titre, dont le sens subliminal est que 95% de la population bruxelloise est francophone. Or, si l'on lit bien l'article, « les deux démographes évaluent à 66,5% la population belge francophone à Bruxelles », le reste (28%) concernant une population d'origine étrangère. Certes ces étrangers, s'ils ne sont pas français eux-mêmes (il y en aurait plus de 40 000 à Bruxelles), sont plus enclins à apprendre la langue de Maurane que celle de Clouseau (4) : pour des raisons culturelles lorsqu'ils sont originaires de pays d'Afrique, du Maghreb ou même d'Amérique du Sud, mais aussi pour des motifs tout à fait pragmatiques, le français paraissant plus « utile » que le néerlandais pour se débrouiller de par le monde. Parions que si l'anglais devenait une langue officielle (ce qui n'est hélas pas un pari si fou que ça, quand on voit la pratique dans les entreprises, y compris hexagonales...) , le français n'aurait qu'à bien se tenir.
Oserai-je dire que je me sens plus solidaire de certains Flamands que de pas mal de francophones ? Lorsqu'Elio Di Rupo a rendu son tablier de pré-réformateur, il a déclaré redevenir « président du PS et défenseur de tous les francophones ». J'aurais préféré l'entendre dire qu'il (re)devenait « défenseur de tous les travailleurs, quelles que soient leur langue ou leur origine ». Car s'il y a de l'autre côté de la pseudo « frontière linguistique » une population qui a effectivement des raisons de craindre l'éloignement des francophones, c'est la gauche flamande, devenue très minoritaire dans sa Région. Et je pense profondément que les rodomontades francophones, en aggravant les crispations d'une certaine Flandre, n'aident vraiment pas cette gauche-là à se renforcer. Ni même simplement à se maintenir.

1. Bien sûr, il existe aussi une certaine arrogance flamande, sur laquelle les médias francophones n'insistent que trop, montant chaque incident en épingle. Je me permets donc de ne pas insister là-dessus.
2. Le « mâle » est rajouté car une fois de plus, pas une seule femme parmi les invités annoncés, animateurs et chroniqueurs compris... Peut-être n'y a-t-il pas de toilettes pour femmes à cet étage de la RTBF ?
3. Voir par exemple http://www.lalibre.be/archives/divers/article/606903/seulement-5-de-flamands-a-bruxelles.html, la Libre Belgique n'étant pas la pire en matière de francophonie triomphante... Voir aussi à ce sujet l'excellente chronique de Jan Goossens, http://www.lesoir.be/debats/chroniques/2010-09-16/qui-se-soucie-vraiment-de-bruxelles-793433.php
4. Groupe musical très populaire en Flandre"

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