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jeudi 28 octobre 2010

La liberté d'expression, c'est celle des autres

« Est-il permis de débattre avec Dieudonné ? » Réalisé par le journaliste Olivier Mukuna, le film servait de point de départ à un débat sur la liberté d'expression, organisé à l'Université Libre de Bruxelles le 20 septembre dernier. A moins que ce ne soit la « liberté d'expression », cette belle notion tellement malmenée, qui n'ait servi de prétexte à la diffusion du film...
Je n'ai pas vu le film ni asssité au débat, et cela très volontairement : il me semblait évident que
la soirée ne pouvait que tourner au pugilat, entre les fans de Dieudonné d'un côté et de l'autre, les pro-sionistes les plus butés sur leurs certitudes. Je n'avais aucune envie d'être prise entre deux camps qui m'insupportent autant l'un que l'autre.
Soit dit en passant, personne ne semblait remarquer qu'une fois de plus, la tribune était exclusivement occupée par des représentants masculins de l'humanité, parlant, bien sûr, au nom de l'humanité tout entière. Un choix peut-être volontaire, pusiqu'il ne s'agissait nullement de s'écouter, mais seulement d'accumuler les arguments pour s'entretuer... ? (1)
Comme prévu, la soirée a mal tourné et la polémique n'a fait que s'aggraver par la suite. Insultes, menaces, intimidations, chaque camp avançant ses victimes tout en prenant bien soin de ne pas se démarquer d'un millimètre de l'un des siens, quels que soient ses dérapages... Une vraie logique de guerre. Au nom de la « liberté d'expression », rappelons-le.
Peu de temps après ce « débat », une pétition a commencé à circuler, en soutien au chercheur Souhail Chichah, dont le camp adverse dénonçait les propos et demandait même, pour les plus extrêmes, l'éjection du temple du libre examen. Ce qui me paraît en effet pour le moins paradoxal... Pourtant, après quelques moments d'hésitation et quitte à manquer de cohérence j'ai décidé, en mon âme et colère, de ne pas signer cette pétition. J'avais déjà eu affaire à M. Chichah lors de quelques échanges musclés sur Facebook, qui m'ont valu aussi des insultes et la perte de quelques « amis » ; les suites du débat à l'ULB m'ont fait découvrir de plus près le grossier personnage qui se cache (à peine) derrière le « brillant chercheur », comme disent ses amis, si peu respectueux, justement, de l'expression des autres.
Pour ne prendre qu'une citation, après un échange assez virulent (mais poli) avec une de ses collègues de l'ULB, il écrit élégamment : « Dis C, faut arrêter de te toucher ma chérie ! » Brillant, en effet ; et s'il peut arriver à tout le monde de péter les plombs, pour autant que je sache, il ne s'en est jamais excusé.
Les intimidations contre M. Chichah sont certes inacceptables, mais pourquoi ceux qui s'en émeuvent ne s'indignent-ils pas, tout autant, de celles qui ont plu sur Viviane Teitelbaum, à la suite du même débat ? Bien sûr, la question est naïve, car je sais pourquoi : elle est dans l'autre camp. Viviane Teitelbaum est députée libérale et fervente fan d'Israël, deux positions qui ne me la rendent ni proche, ni même sympathique. Il n'empêche : les insultes et menaces reçues ne sont pas plus acceptables que celles qui visent M. Chichah. Avec une particularité : Mme Teitelbaum étant une femme (tout comme la collègue prise à partie par M. Chichah), les allusions physiques et sexuelles ont la préférence des insulteurs. Un florilège ? « Putain les juives c’est des salopes, c’est elles qui méritent de se faire violer ! », proclame un grand poète, tandis qu'un autre esthète proclame qu' « une charolaise en rut a plus de distinction ! » Pire encore, celui qui la traite de « vieille juive riche à pognon mais moche comme un rat mort ! heu pardon pour les rats je les aime bien… » La comparaison avec des « rats », en particulier (mais pas seulement, bien sûr) quand il s'agit de Juifs – fussent-ils sionistes - donne froid dans le dos. La menace se précise encore avec ceux qui estiment que « les intégristes du lobby pro-israélien belge doivent être mis hors d’état de nuire ». Pas combattus avec les armes de la démocratie, du débat (chère liberté d'expression !), non : mis « hors d'état de nuire ».
Certes, Mme Teitelbaum ne réagit pas toujours lorsque, sur son blog ou son mur Facebook s'affichent des propos racistes, contre la « la racaille éructante », pour citer un grand poète de son propre bord. Mais alors quoi ? Haine contre haine, insultes contre insultes, c'est ça qu'on nous propose ? Au mieux : porter plainte, faire un procès ? Au pire : menacer, faire taire ? Tous ces partisans enflammés de la liberté d'expression, quand c'est la leur, répondraient-ils positivement à la question : est-il permis de débattre avec Viviane Teitelbaum ?
Et tant qu'à parler de plaintes et de procès, les auteurs d'insultes sexistes peuvent au moins dormir en paix : contrairement au racisme ou au négationnisme, le sexisme n'est pas pénalisé. Personnellement, je reste réticente à une judiciarisation croissante des questions de société, mais je dois bien le constater : là où il n'y a pas d'interdit clair, ne serait-ce que symbolique, tout est permis. Absolument tout. Y compris le pire.

Je précise que je plaisante... mais seulement à moitié"

Irène Kaufer
Lien vers la source : http://irenekaufer.zeblog.com/451089-la-liberte-d-39-expression-c-39-est-celle-des-autres/

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