Allons bon. Déjà qu'on n'en finit pas de s'étriper sur des affaires de foulard islamique [1]. Mais en rajouter sur les repas halal aux cantines scolaires, c'est vraiment alimenter une polémique dont on pourrait bien se passer.
Depuis quelques années, des parents musulmans ont manifesté le souhait que leurs enfants puissent recevoir des repas halal – c'est-à-dire conformes aux règles d'hygiène alimentaire de leur religion – dans les cantines scolaires. Cette revendication a suscité l'opposition farouche des milieux laïques. Dans une communication récente (19 octobre 2010), le Centre d'action laïque (CAL) déclarait : Nous pensons que l'option de laisser le choix, à chaque parent ou élève, quant au mode d'alimentation et cela sans aucune restriction, n'est pas réaliste tant sur le plan organisationnel et/ou financier pour les
pouvoirs publics. Le CAL estime qu'à ce titre, elle doit être rejetée. Je prends acte de ce propos avec soulagement. Car on constatera que le CAL n'invoque pas, comme certains laïques militants le font pourtant si souvent, l'argument d'une immixtion insupportable du religieux dans le cadre scolaire, mais l'impossibilité pratique et financière de satisfaire de telles demandes. En effet : à partir du moment où le halal n'est imposé à personne, seules des conditions de faisabilité devraient entrer en ligne de compte.
Dans leur rapport final, les Assises de l'interculturalité n'ont pas tranché cette question, se limitant à plaider pour une approche pragmatique. C'est aussi ce que fait le CAL dans sa note : le CAL préconise de prévoir un menu alternatif (végétarien) lorsque des produits proscrits pour motifs religieux se trouvent au menu scolaire. Une fois n'est pas coutume, cette position du CAL me convient, dans la limite qu'il a défini lui-même, c'est-à-dire toutes les fois où il pourra être établi que la délivrance de menus halal est impossible à organiser ou à financer. [2]
Mais j'y vois d'autres avantages, qui n'ont rien à voir avec la question religieuse. Non seulement des menus végétariens devraient être proposés comme des menus alternatifs, mais ils devraient l'être comme des menus principaux, et pourquoi pas comme des menus uniques. De la même manière qu'on a pu interdire les distributeurs de sodas et de snacks sucrés dans l'enceinte scolaire [3], on pourrait supprimer ou, à tout le moins, sérieusement réduire la consommation de viande à l'école et contribuer ainsi à modifier le comportement alimentaire des futurs adultes pour des raisons à la fois écologiques et de santé publique. C'est un fait bien connu, nous consommons trop de protéines animales et celles-ci ne sont pas pour rien dans les problèmes d'hypertension ou de diabète qui affectent les populations sédentaires. De plus, l'empreinte écologique de l'élevage est devenue absolument insoutenable [4].
Pourquoi ne pas sortir de cette guéguerre potentiellement explosive du halal par le haut, en proposant des repas équilibrés sans viande (céréales, œufs, laitages, éventuellement poisson…) un ou deux jours par semaine à la cantine scolaire (un ou deux jours pour commencer…) ? Un bon repas – oui oui, c'est possible – sans halal ni haram, sans casher ni trayfe. Les intoxiqués de la bidoche pourront toujours se rabattre sur le repas familial du soir ou apporter le midi qui leur merguez qui leur cervelas s'ils sont à ce point dépendants. En passant, on réduirait les sempiternelles polémiques anthropocentriques sur le bien-être animal foulé aux pieds par l'abattage rituel. Tout le monde partagerait le même repas [5], l'école serait totalement fidèle à sa mission éducative et une querelle « religieuse » aurait servi de déclic pour réaliser un pas de géant sur un autre terrain.
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Toujours dans le chapitre « Faire baisser la pression », je vous recommande l'ouvrage de Dounia Bouzar, Laïcité mode d'emploi, Paris, Eyrolles, 2010. Cet ouvrage recense 42 études de cas qui concernent la gestion de la diversité religieuse dans les services publics et les entreprises. Une méthode pragmatique pour des acteurs de bonne volonté, afin de mieux concilier les libertés individuelles et le « vivre-ensemble ».
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pouvoirs publics. Le CAL estime qu'à ce titre, elle doit être rejetée. Je prends acte de ce propos avec soulagement. Car on constatera que le CAL n'invoque pas, comme certains laïques militants le font pourtant si souvent, l'argument d'une immixtion insupportable du religieux dans le cadre scolaire, mais l'impossibilité pratique et financière de satisfaire de telles demandes. En effet : à partir du moment où le halal n'est imposé à personne, seules des conditions de faisabilité devraient entrer en ligne de compte.
Mais j'y vois d'autres avantages, qui n'ont rien à voir avec la question religieuse. Non seulement des menus végétariens devraient être proposés comme des menus alternatifs, mais ils devraient l'être comme des menus principaux, et pourquoi pas comme des menus uniques. De la même manière qu'on a pu interdire les distributeurs de sodas et de snacks sucrés dans l'enceinte scolaire [3], on pourrait supprimer ou, à tout le moins, sérieusement réduire la consommation de viande à l'école et contribuer ainsi à modifier le comportement alimentaire des futurs adultes pour des raisons à la fois écologiques et de santé publique. C'est un fait bien connu, nous consommons trop de protéines animales et celles-ci ne sont pas pour rien dans les problèmes d'hypertension ou de diabète qui affectent les populations sédentaires. De plus, l'empreinte écologique de l'élevage est devenue absolument insoutenable [4].
Pourquoi ne pas sortir de cette guéguerre potentiellement explosive du halal par le haut, en proposant des repas équilibrés sans viande (céréales, œufs, laitages, éventuellement poisson…) un ou deux jours par semaine à la cantine scolaire (un ou deux jours pour commencer…) ? Un bon repas – oui oui, c'est possible – sans halal ni haram, sans casher ni trayfe. Les intoxiqués de la bidoche pourront toujours se rabattre sur le repas familial du soir ou apporter le midi qui leur merguez qui leur cervelas s'ils sont à ce point dépendants. En passant, on réduirait les sempiternelles polémiques anthropocentriques sur le bien-être animal foulé aux pieds par l'abattage rituel. Tout le monde partagerait le même repas [5], l'école serait totalement fidèle à sa mission éducative et une querelle « religieuse » aurait servi de déclic pour réaliser un pas de géant sur un autre terrain.
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Post-scriptum
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[1] Mon point de vue sur cette question est connu : je suis en faveur de la liberté la plus large pour les élèves et surtout pour les travailleuses victimes de discriminations massives à cause du port du foulard islamique, même si je pense que, dans le cadre d'un compromis culturel, on peut exclure certaines « fonctions d'autorité » du bénéfice de cette liberté. Voir notamment ici pour l'argumentation.
[2] Dans une carte blanche publiée dans Le Soir, le collectif Vigilance musulmane plaide pour le « droit au halal » avec d'excellents arguments. Mais – une fois n'est pas coutume aussi – je trouve sa critique de la position du CAL inutilement polémique. Ce texte considère aussi pour acquis le « mécanisme des accommodements raisonnables », ce qui n'est pourtant nullement le cas en droit belge jusqu'à nouvel ordre. Voir notamment ici pour un développement de cette question.
[3] Voir par exemple ici pour plus d'explications
[4] Voir par exemple ici.
[5] Y compris les enfants juifs, dont les prescriptions alimentaires sont autrement plus complexes que celles des musulmans.
[2] Dans une carte blanche publiée dans Le Soir, le collectif Vigilance musulmane plaide pour le « droit au halal » avec d'excellents arguments. Mais – une fois n'est pas coutume aussi – je trouve sa critique de la position du CAL inutilement polémique. Ce texte considère aussi pour acquis le « mécanisme des accommodements raisonnables », ce qui n'est pourtant nullement le cas en droit belge jusqu'à nouvel ordre. Voir notamment ici pour un développement de cette question.
[3] Voir par exemple ici pour plus d'explications
[4] Voir par exemple ici.
[5] Y compris les enfants juifs, dont les prescriptions alimentaires sont autrement plus complexes que celles des musulmans.
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