En revanche, les journaux doivent bien remplir leurs colonnes, même quand il n'y ont strictement rien d'utile à dire. Toutes les « unes » ont déjà été essayées, tandis la corporation des politologues est réquisitionnée pour occuper le tapis, ce qu'elle fait avec
persévérance en faisant la ronde des médias à la queue leu leu. Franchement, je les plains, obligés qu'ils sont de ne pas se répéter d'un jour sur l'autre tout en s'adonnant à une discipline pour laquelle ils ne sont pas formés : celle qui consiste à sonder la pensée profonde de Bart De Wever – « Mais que veut-il vraiment ? Le sait-il lui même ?… –, ses froncements de sourcils ou le choix de ses cravates.
Perplexité et exaspération. Le « double bind » atteint en ce moment des limites stratosphériques. D'un côté, injonction d'être responsable et d'avoir le sens de l'intérêt général, de l'autre exhortation à rester ferme et à résister. « Les Flamands doivent comprendre… » lit-on dans de viriles déclarations à sens unique. Et pour les Flamands la même chose et dans l'autre sens. Les Cafés du Commerce ne désemplissent plus et je ne compte plus, y compris parmi mes amis sur la Toile, les appels à donner un coup de pied libérateur dans le jeu de quilles, appels adressés évidemment aux seuls « francophones » invités à dire « fourt [1] » une bonne fois. Ah que ça fait du bien, que ça soulage… Et la minute d'après, on fait quoi ?
Bien sûr, je l'admets, je suis un Belge francophone, et vous qui me lisez l'êtes sans doute aussi. Fallait-il, et faut-il toujours, accepter que cette singularité linguistique se traduise en identité politique ? Les lois d'airain de la gravitation en politique nous poussent inexorablement dans une logique d'affrontement communautaire, où deux camps se font face et où c'est toujours l'autre qui est le méchant. Une fois enclenchée, cette mécanique infernale s'entretient toute seule. On ne dira jamais assez à quel point l'humiliation historique du peuple flamand a été stupidement alimentée par un certain fransquillonisme belgicain pour être ensuite cyniquement entretenue par la droite nationaliste en Flandre. En ce moment-même, comme si de rien n'était, Olivier Maingain plaide encore pour un gouvernement socio-économique en espérant finement renvoyer une fois de plus ainsi aux calendes grecques les vélléités flamandes de réforme institutionnelle radicale. Oui, le prix de cette morgue devra être payé. À de nombreuses reprises, j'ai défendu l'idée que des droits de minorité nationale devraient être consentis aux francophones de Flandre, et pas seulement à ceux des six communes « à facilités ». L'occasion a été manquée et désormais c'est trop tard. Aujourd'hui, face aux exigences bien plus importantes du maintien d'une sécurité sociale fédérale et d'une solution juste pour Bruxelles, j'invite à faire une croix sur cette exigence, car d'autres enjeux doivent avoir la priorité absolue. La primauté donnée trop longtemps aux intérêts égoïstes d'une minorité nantie n'a que trop pesé sur le destin de ce pays. D'ailleurs, si je peux me permettre, la nomination des trois bourgmestres, tout le monde s'en tape. [2]
On ne réécrira pas l'histoire. Mais comme celle-ci continuera son cours et que, je n'en doute pas un instant, il subsistera au sortir de cette crise une Belgique consistante, faisons en sorte que le traumatisme serve de leçon. La Belgique fédérale devra être gouvernée selon des principes démocratiques universels, en subordonnant totalement les intérêts sous-nationalistes aux impératifs de justice et d'égalité sociale pour tous. Des formes politiques inédites devront encore être mises en œuvre pour rendre cette option possible. Il faut relancer d'urgence l'idée de la circonscription fédérale. Il faut aussi que, au niveau du Parlement fédéral [3], des partis fédéraux se reconstituent. Il faut (re)construire des espaces médiatiques, culturels et scolaires bilingues afin de faire primer à tout moment les convergences d'idées sur les solidarités ethniques. Il faut faire entrer massivement dans le jeu deux groupes de concitoyens tenus à l'écart et qui pourraient jouer le rôle de « tiers neutres » : les Belges d'origine méditerranéenne et africaine et les Européens. Ceux qui, parmi les politiques francophones si prompts à donner des leçons aux autres tout en cultivant leur « entre-soi », auraient encore mille bonnes raisons pour ne pas s'engager dans cette voie passeront à juste titre pour de fieffés hypocrites.
persévérance en faisant la ronde des médias à la queue leu leu. Franchement, je les plains, obligés qu'ils sont de ne pas se répéter d'un jour sur l'autre tout en s'adonnant à une discipline pour laquelle ils ne sont pas formés : celle qui consiste à sonder la pensée profonde de Bart De Wever – « Mais que veut-il vraiment ? Le sait-il lui même ?… –, ses froncements de sourcils ou le choix de ses cravates.
Bien sûr, je l'admets, je suis un Belge francophone, et vous qui me lisez l'êtes sans doute aussi. Fallait-il, et faut-il toujours, accepter que cette singularité linguistique se traduise en identité politique ? Les lois d'airain de la gravitation en politique nous poussent inexorablement dans une logique d'affrontement communautaire, où deux camps se font face et où c'est toujours l'autre qui est le méchant. Une fois enclenchée, cette mécanique infernale s'entretient toute seule. On ne dira jamais assez à quel point l'humiliation historique du peuple flamand a été stupidement alimentée par un certain fransquillonisme belgicain pour être ensuite cyniquement entretenue par la droite nationaliste en Flandre. En ce moment-même, comme si de rien n'était, Olivier Maingain plaide encore pour un gouvernement socio-économique en espérant finement renvoyer une fois de plus ainsi aux calendes grecques les vélléités flamandes de réforme institutionnelle radicale. Oui, le prix de cette morgue devra être payé. À de nombreuses reprises, j'ai défendu l'idée que des droits de minorité nationale devraient être consentis aux francophones de Flandre, et pas seulement à ceux des six communes « à facilités ». L'occasion a été manquée et désormais c'est trop tard. Aujourd'hui, face aux exigences bien plus importantes du maintien d'une sécurité sociale fédérale et d'une solution juste pour Bruxelles, j'invite à faire une croix sur cette exigence, car d'autres enjeux doivent avoir la priorité absolue. La primauté donnée trop longtemps aux intérêts égoïstes d'une minorité nantie n'a que trop pesé sur le destin de ce pays. D'ailleurs, si je peux me permettre, la nomination des trois bourgmestres, tout le monde s'en tape. [2]
On ne réécrira pas l'histoire. Mais comme celle-ci continuera son cours et que, je n'en doute pas un instant, il subsistera au sortir de cette crise une Belgique consistante, faisons en sorte que le traumatisme serve de leçon. La Belgique fédérale devra être gouvernée selon des principes démocratiques universels, en subordonnant totalement les intérêts sous-nationalistes aux impératifs de justice et d'égalité sociale pour tous. Des formes politiques inédites devront encore être mises en œuvre pour rendre cette option possible. Il faut relancer d'urgence l'idée de la circonscription fédérale. Il faut aussi que, au niveau du Parlement fédéral [3], des partis fédéraux se reconstituent. Il faut (re)construire des espaces médiatiques, culturels et scolaires bilingues afin de faire primer à tout moment les convergences d'idées sur les solidarités ethniques. Il faut faire entrer massivement dans le jeu deux groupes de concitoyens tenus à l'écart et qui pourraient jouer le rôle de « tiers neutres » : les Belges d'origine méditerranéenne et africaine et les Européens. Ceux qui, parmi les politiques francophones si prompts à donner des leçons aux autres tout en cultivant leur « entre-soi », auraient encore mille bonnes raisons pour ne pas s'engager dans cette voie passeront à juste titre pour de fieffés hypocrites.
[1] « Fourt » = « merde », en « belge ».
[2] Pour les lecteurs français de ce blog : ils s'agit des maires de trois communes flamandes à majorité francophone que leur ministre de tutelle, membre du gouvernement régional flamand, a refusé de nommer parce qu'ils ont transgressé les lois linguistiques.
[3] Et bien entendu du Parlement bruxellois.
SOURCE : http://blogs.politique.eu.org/Crise-belge-silences-et
[2] Pour les lecteurs français de ce blog : ils s'agit des maires de trois communes flamandes à majorité francophone que leur ministre de tutelle, membre du gouvernement régional flamand, a refusé de nommer parce qu'ils ont transgressé les lois linguistiques.
[3] Et bien entendu du Parlement bruxellois.
SOURCE : http://blogs.politique.eu.org/Crise-belge-silences-et
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