Les évènements dramatiques du Japon doivent sonner le glas de l'industrie nucléaire dans le monde.
Depuis la catastrophe de Tchernobyl de 1986, le lobby nucléaire et les institutions internationales en charge du contrôle nucléaire (A I E A) ont fait campagne pour en minimiser les conséquences.
L'Europe, toujours soumise au traité Euratum, n'est pas en reste. Elle a accrédité le message suivant : un accident grave dans une centrale nucléaire peut avoir des conséquences importantes mais limitées et, en fin de compte, socialement acceptables. Dans cet esprit, à l'abri de toute médiatisation intempestive, l'Union européenne a contribué à
nous préparer à l'inacceptable.
Depuis quelques jours, les Japonais commencent à vivre l'inacceptable. Ils découvrent aussi que, contrairement aux discours de propagande qu'ils ont subis depuis de nombreuses années, leur industrie nucléaire n'est pas invulnérable et n'est pas apte à résister à des événements extérieurs exceptionnels.
Ce constat vaut pour toute l'industrie nucléaire dans le monde. Chez nous aussi donc. Il faut insister en effet sur plusieurs points :
1. Le Japon est un pays technologiquement en pointe, les équipes techniques chargées du pilotage des réacteurs ont une compétence incontestée.
2. Les installations étaient prévues pour résister à tout séisme, sachant que le pays est une zone sismique bien connue.
3. Notre pays n'est pas à l'abri d'un accident de ce type. On sait aujourd'hui de source officielle que les risques liés aux perturbations ou accidents naturels ont été sous-estimés lors de la conception des réacteurs et de leur implantation. C'est spécialement préoccupant en ce qui concerne le risque sismique, précisément évoqué dans le rapport final de la Commission d'information et d'enquête en matière de sécurité nucléaire du sénat de Belgique (publié en 1991) à propos de la centrale de Tihange suite au tremblement de terre survenu dans la région liégeoise le 8 novembre 1983.
On ne manquera pas d'entendre répéter dans les jours qui viennent que la conjonction d'un tremblement de terre et d'un tsunami est tout à fait exceptionnelle, ce qui est exact. Mais le changement climatique en cours rend plus fréquents les évènements exceptionnels (tempêtes, inondations, tornades) et les tremblements de terre dévastateurs peuvent avoir lieu là où on ne les attend pas. Comme à Fukushima, les réacteurs nucléaires peuvent se retrouver hors contrôle lors de tels évènements.
Face à de telles éventualités, la solution réaliste qu'on est en droit d'attendre est l'abandon programmé et accéléré du recours à l'énergie nucléaire. La fermeture des réacteurs les plus anciens s'impose comme première étape, sachant que leur conception, antérieure à l'accident de Three Miles Island en 1979, les rend plus vulnérables que les réacteurs plus récents.
En conséquence, nous avons toutes les raisons de poursuivre nos actions contre le nucléaire et particulièrement l'action en justice que nous menons avec Nature et Progrès, les Amis de la terre et l'Apère contre le protocole d'accord que le Ministre Magnette a, au nom du gouvernement, signé avec Jean-Pierre Hansen et Gérard Mestrallet pour GDF SUEZ en vue d'assurer l'extension de la durée d'exploitation des centrales nucléaires Doel 1, Doel 2 et Tihange 1 de quarante à cinquante ans en échange d'une rente financière. Pour nous cette rente est une rente de la honte.
Pour le Grappe :
Michèle Gilkinet, présidente,
Paul Lannoye et Georges Trussart, administrateurs
Source : http://www.grappebelgique.be/spip.php?article1485
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