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lundi 4 avril 2011

Chronique de l'indispensable Monsieur Jean-Pierre du 3 avril 2011

   Laissons-les, les braves et les martyrs, laissons-les à leur guerre; quoi que nous puissions en penser ou en dire, cela ne changera rien à l'issue des combats. La centrale nucléaire de Fukushima fuit, il y a un peu, beaucoup, voire énormément de radio-activité dans l'air japonais, des particules se baladent dans notre ciel, mais il n' y a rien à craindre, disent les autorités et donc, ne craignons rien. Nous n'avons toujours pas de gouvernement, les mêmes, à peu de choses près, font de sympathiques gueuletons dans les meilleurs restaurants de la capitale et, accessoirement, ils négocient; c'est en tout cas ce qu'écrivent les journalistes. La musculation Sarkozienne, rapport à l'affaire libyenne, n'a eu aucune influence sur le deuxième tour des cantonales françaises, le parti du Président est en débandade et ses ténors commencent à joliment se disputer; tout baigne dans l'hexagone. Soyez tranquilles, je ne vais pas vous assommer avec
l'actualité, il y faudrait plus que le temps qui m'est imparti (mais pas socialiste) en ce dimanche soir.

   J'ai juste envie de me et de vous distraire un peu de tout le fatras des nouvelles les plus extravagantes les unes que les autres que nous devons subir quotidiennement. Et dont, finalement, nous n'avons globalement que foutre, si je puis me permettre. Comprenez-moi bien; il n'est pas dans mes intentions de contrarier les louables et généreuses pensées qui vous agitent concernant tel ou tel aspect des informations. Il se trouve simplement que, depuis de trop longues semaines, j'ai la désagréable impression de ne plus tenir que le rôle de justicier ou de redresseur de tort, ayant son avis sur tout et le donnant sans jamais être contrarié par qui que ce soit, bien au contraire. Comme on le dit sur Facebook, tout le monde aime ça; et ça m'énerve un peu; et même un peu plus qu'un peu. Enfin, bon, c'est vrai aussi que papoter dans le poste et avoir ces retours, oui, évidemment, c'est bien sûr préférable que de prêcher dans le désert. Mais je n'ai pas envie de prêcher, de distribuer la bonne parole et multiplier les petits pains.

   Ou alors que les petits pains nous ramènent un peu à nous. Petites choses fragiles en proie aux multiples et changeantes fluctuations de nos humeurs, qui ouvrons les yeux, le matin, sur un jardin, un mur aveugle, une prairie rafraîchie de rosée ou une voie rapide pour autobus, automobiles, ambulances et camions de pompiers. Pin-pon. Frêles existences, passage éclair dans le monde, naissance, jeunesse, premiers émois amoureux, la tête contre la vitre aux jours de tristesse, à regarder les nuages ou la lune, ou le souvenir d'un sourire, au coin d'une rue. Et puis cheveux qui blanchissent, poumons encombrés de nicotine, gueule de bois et surprise d'amour. Qui ne dure pas toujours. Années qui filent de plus en plus vite; et puis le printemps, encore une fois, qui met des bourgeons aux arbustes et aux arbres de la ville; piaillement des moineaux, vol surprise d'un rapace au-dessus des toits, par un matin lumineux. Premier chant du merle qui domine le grondement de la circulation. La vie est un frémissement, un frisson; elle est faite d'aveugles conglomérats d'atomes, de cellules de toutes sortes, de nerfs et de muscles, recouverts de poils ou de plumes qui font le renard, le chat un peu fou, la femme et l'homme. L'une et l'un et puis les autres, qui se croisent, se trouvent, se perdent; cœurs battants, bras effondrés, baisers volés et tout autour,les hurlements du monde, les cris et la fureur; on a besoin de paix, de douceurs et de petits bonheurs tout simples. On voudrait que la beauté, le bonheur ne soit jamais assombris, que tout soit là à jamais.

   Mais la roue du monde tourne et nous avec. Le temps fait et défait, noue et dénoue. Il faut seulement trouver notre place, provisoire, transitoire, pour un temps, pour un temps seulement. Au bistrot que j'affectionne, une jeune femme lit, deux quidams refont le monde au comptoir. Je regarde les visages, il y en a qui sont beaux. Ils prendront des rides, comme moi et des cernes sous les yeux, comme moi. Et les cœurs, un jour s'arrêteront de battre. Il n'y a rien de stable, rien de permanent, rien qui ne dure, sinon l'espace d'un baiser, d'un serment.

Il faut vivre, là, maintenant ou jamais.


Source : http://www.facebook.com/note.php?note_id=204783092879032

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